# Migrer un tenant d'un hébergeur à un autre > **Recette d'exploitation.** Elle décrit la séquence, les états et les gardes ; elle ne > décrit pas encore un outil, parce que la séquence doit être éprouvée avant d'être figée > dans du code. Complète `docs/multi-instances.md` (la fédération) et > `docs/frontiere-opnsense.md` §2 (qui possède quoi). ## 1. Pourquoi ce document existe Un **hébergeur** possède le matériel et sert plusieurs **tenants** ; il a en général son propre tenant par défaut. Un tenant doit pouvoir partir chez un autre hébergeur — sans quoi la souveraineté qu'on lui promet n'est qu'un mot : **une organisation qui ne peut pas partir est captive, quelle que soit la licence du logiciel.** La migration est donc une fonctionnalité de premier plan, pas un cas limite. ## 2. Le modèle : le transfert de nom de domaine La procédure reprend celle des registraires, qui résout depuis trente ans exactement les mêmes problèmes. Trois propriétés valent d'être empruntées. **Le mandat appartient au client.** Le code d'autorisation est remis au titulaire, qui le donne au registraire entrant. Transposé : ni l'hébergeur sortant ni l'entrant ne peut déplacer un tenant de sa propre initiative. Un hébergeur ne « cède » pas un client ; un autre ne le « réclame » pas. **Le verrou par défaut.** Un domaine est verrouillé ; le déverrouiller est un geste explicite. Un tenant l'est aussi : pas de migration silencieuse. **Deux actes délibérés, chez deux parties**, et une trace de qui a libéré et qui a reçu. ### Là où l'analogie casse, et par quoi on la remplace | Le monde des domaines | Set-OPS | Substitution | |---|---|---| | un **registre** central arbitre | rien de central, par construction | le mandat est **signé** par le tenant, vérifié contre une clé publique inscrite dans son plan — donc versionnée et publique | | le domaine ne porte **aucune donnée** | boîtes, dépôts, bases | un **gel** + un instantané restic ; c'est là qu'est le vrai risque | | fenêtre d'objection | — | fenêtre de **réversibilité** : le sortant ne détruit rien avant confirmation | Un secret partagé ne suffirait pas : transmis à l'hébergeur entrant, il ne lui prouve rien — il pourrait venir du sortant. Une signature, si. C'est plus solide que l'original, et sans tiers de confiance. ## 3. La règle qui commande tout l'ordre > **Le receveur doit être prouvé prêt avant que quoi que ce soit ne gèle.** Construire chez l'entrant pendant que le sortant sert normalement ramène l'interruption au seul rattrapage final. Geler d'abord et construire ensuite coûterait des heures d'arrêt pour une opération qui n'en vaut que quelques minutes. Cette règle n'est pas un conseil : c'est une **garde de transition** — l'état `gelé` est inaccessible tant que l'état `préparé` n'est pas prouvé. ## 4. Les états d'un tenant | État | Ce qui est vrai | Comment on en sort | |---|---|---| | **verrouillé** | régime normal, aucune migration en cours | un mandat signé apparaît | | **mandaté** | le tenant a signé ; l'entrant peut commencer | l'entrant a construit | | **préparé** | l'entrant est déployé, restauré (données tièdes) et **prouvé** — mais **pas public** | *garde : preuves vertes chez l'entrant* | | **gelé** | le sortant est en lecture seule ; capture du delta | delta restauré chez l'entrant | | **basculé** | le DNS public pointe l'entrant, qui sert | l'entrant confirme le service | | **libéré** | le sortant a **révoqué** ses accès ; horloge de rétention lancée | fin de rétention | | **purgé** | le sortant a détruit sa copie | — | La réversibilité vit entre **préparé** et **libéré** : tant que le sortant n'a pas révoqué, on rentre. Elle vient gratuitement du fait que tout l'adressage dérive d'un seul chiffre. ## 5. La séquence ### Étape 0 — le mandat (chez le tenant) L'organisation signe une déclaration nommant l'hébergeur entrant. L'entrant la vérifie contre la clé publique du plan. **Sans mandat vérifié, rien ne commence.** ### Étape 1 — préparer le terrain (chez le sortant, sans interruption) **Abaisser le TTL** des enregistrements publics du tenant. C'est le geste qu'on oublie systématiquement, et il conditionne tout : posé à l'étape 6, la bascule traînera des heures quoi qu'on fasse ; posé maintenant, elle prendra le temps du nouveau TTL. Vérifier que les sauvegardes du tenant sont saines et récentes — la migration s'appuie entièrement dessus (`serveur_backup` / `client_backup`). ### Étape 2 — construire chez l'entrant (sans interruption) 1. **Choisir un index libre** dans la fédération de l'entrant (`make instances` le montre ; la preuve **P21** refuse une collision). S'il diffère de l'ancien, *tout* l'adressage change — IP, VLAN, VMID — et c'est **une seule ligne à changer**, puis `make instancier`. 2. **Vérifier que la fabric de l'entrant porte le tenant** : plage VLAN disponible, lien de transit présent, zones du plan couvertes (`make underlay`, preuve **P23**). 3. **Créer et déployer** la flotte du tenant chez l'entrant. 4. **Restaurer** depuis un instantané restic *tiède* — les données auront quelques jours ; c'est voulu, le rattrapage viendra à l'étape 4. Pendant tout ce temps, le sortant sert normalement. Personne ne voit rien. ### Étape 3 — prouver l'entrant, sans le rendre public Faire passer la batterie de preuves et la recette **contre les adresses de l'entrant**, pas par le DNS public. C'est le point délicat de toute la procédure : le tenant tourne alors **aux deux endroits**, mais un seul doit servir. Si l'entrant répondait publiquement, le courrier arriverait des deux côtés et l'identité se dédoublerait. Il faut donc un chemin de vérification qui ne dépende pas du DNS public — résolution locale, `/etc/hosts` du poste de vérification, ou vues DNS séparées. **Ce chemin doit exister avant l'étape 4.** ### Étape 4 — geler (chez le sortant) *Garde : l'étape 3 est verte.* Le tenant passe en lecture seule. L'interruption commence **ici**, et seulement ici. ### Étape 5 — rattraper le delta Instantané restic incrémental, restauré chez l'entrant. Court, parce que le gros est déjà passé à l'étape 2. ### Étape 6 — basculer Le DNS public pointe l'adresse publique de l'entrant. Le TTL abaissé à l'étape 1 fait son office. L'interruption se termine à la propagation. ### Étape 7 — confirmer (chez l'entrant) Le service répond publiquement, les preuves passent, le tenant valide. **C'est ce qui autorise l'étape 8, rien d'autre.** ### Étape 8 — libérer (chez le sortant) **Révoquer, pas transmettre.** La voûte voyage avec le dépôt, chiffrée, mais son mot de passe est celui de l'opérateur sortant. Migrer proprement ne consiste pas à le communiquer : c'est **re-cléer chez l'entrant** — nouveau mot de passe de voûte, rotation des secrets applicatifs, révocation des certificats et des clés SSH émis par le sortant. C'est l'équivalent du re-verrouillage chez le nouveau registraire. Sans lui, l'ancien hébergeur garde **à vie** l'accès aux secrets d'un client parti, et aucune procédure ne rattrape ça après coup. Puis rétention — durée convenue — avant purge. ## 6. Ce que la migration ne déplace pas - **La fabric** : l'underlay appartient à l'hébergeur. Le tenant en change, il n'en emporte pas. - **La frontière** : l'entrant a la sienne. Ses règles pour le tenant se **régénèrent** — `make devis-opnsense` est déjà multi-tenant. - **L'index** : c'est une coordonnée locale à une fédération, pas une propriété du tenant. ## 7. Ce qui reste à trancher - **Le format du mandat** et l'emplacement de la clé publique du tenant dans son plan. - **Le chemin de vérification hors DNS public** (étape 3) — le plus structurant. - **La durée de rétention** avant purge, et qui l'atteste. - **L'outillage** : un `devis-migration` dériverait l'index retenu, l'adressage résultant et la compatibilité de fabric, et refuserait sur un point bloquant — dans l'idiome du dépôt : dériver un plan, le prouver, laisser l'humain l'appliquer. À écrire **après** avoir joué la séquence au moins une fois.